Les papillomavirus humains et le cancer du col

On connaît environ 200 papillomavirus susceptibles d'infecter l'homme. Certains de ces virus affectent la peau, d'autres les muqueuses orales, anales ou génitales. Les conséquences de ces infections sont le plus souvent bénignes - verrues cutanées, condylomes ano-génitaux. Mais certains papillomavirus transmis par voie sexuelle sont responsables du cancer du col de l'utérus. Ce dernier, véritable problème de santé publique, est le deuxième cancer le plus fréquent chez la femme dans le monde. Par ailleurs, les papillomavirus sont détectables dans la peau et les muqueuses d'une grande partie de la population non malade où le virus se maintient à niveau peu élevé par un mécanisme non pathologique.

Epidémiologie

 

Les papillomavirus humains ou HPV infectent les cellules épithéliales de la peau ou des muqueuses, et sont transmis par la dissémination de ces cellules lors de la desquamation. On distingue les HPV à bas risque, agents de lésions bénignes, des HPV à haut risque qui sont responsables de cancers. Les HPV affectant les muqueuses génitales sont transmis par voie sexuelle et sont fréquents, ceci dès le début de la vie sexuelle puisqu’ils sont détectés chez 1/3 des femmes entre l’adolescence et le début de la vingtaine. Les infections qu’ils provoquent, si elles sont communes tout au long de la vie adulte chez les femmes sexuellement actives, disparaissent souvent spontanément et sans signe clinique. Mais l’infection va persister chez 3 à 10 % des femmes infectées, et parmi elles certaines développeront une lésion précancéreuse appelée néoplasie cervicale intra-épithéliale qui est un précurseur du cancer du col de l’utérus. Plusieurs années peuvent s’écouler entre le début d’une infection par un HPV oncogène et l’apparition d’un tel cancer.
Une dizaine de papillomavirus peuvent être à l’origine de ce cancer, premier à être reconnu par l’OMS comme étant attribuable à 100% à une infection virale, mais les plus fréquemment en cause sont le HPV16 (impliqué dans 55% des cas) et le HPV18 (12% des cas). Ces HPV oncogènes peuvent également toucher d’autres muqueuses et notamment provoquer des cancers ano-rectaux ou oro-pharyngés.

Au plan mondial, le cancer du col de l’utérus est responsable d’environ 250 000 à 300 000 décès et de 500 000 nouveaux cas par an (80% dans les pays en développement) d’après le Centre International de Recherche sur le Cancer. En Europe, près de 65 000 femmes sont touchées, et environ 25 000 nouveaux cas sont recensés chaque année, avec une mortalité de 4,7%. En France, on dénombre chaque année 3000 cas, plus de 1000 décès, et un diagnostic de néoplasie cervicale de haut grade ou de cancer est posé chaque année chez 50 000 femmes.

 

Traitement

 

Le traitement actuel des lésions précancéreuses est le plus souvent chirurgical (« conisation »). Le cancer cervical est lui traité par une combinaison de chirurgie et de radiothérapie avec une chimiothérapie adjuvante, efficace aux stades précoces.
Des vaccins thérapeutiques qui permettraient de traiter les lésions précancéreuses et les cancers du col de l’utérus dus aux HPV16 et/ou au HPV18 sont en cours d’essais cliniques.

 

Prévention

 

Actuellement, la prévention du cancer du col de l’utérus passe par la prévention des infections sexuellement transmissibles (préservatifs, examens pour le partenaire) et surtout par le frottis cervical de routine chez la femme. Un vaccin prophylactique qui permet de protéger contre les infections à HPV16 et 18, donc de prévenir les 2/3 des cancers du col de l’utérus, est actuellement disponible. Ce vaccin n’a aucune efficacité thérapeutique et ne protège pas les femmes infectées. Selon l’avis rendu le 9 mars 2007 par le Comité Technique des Vaccinations et le Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France, il est recommandé de vacciner les jeunes filles de 14 ans afin de les protéger avant qu’elles ne soient infectées. Le vaccin est également proposé pour les jeunes femmes de 15 à 23 ans n’ayant pas eu de rapport sexuel ou ayant débuté une sexualité dans l’année.

 

A l'Institut Pasteur

 

Des candidats-vaccins thérapeutiques contre les lésions précancéreuses et les cancers du col de l’utérus dus à l’HPV16 et à l’HPV18 ont été mis au point avec la société BT PHARMA, start-up de l’Institut Pasteur, par les équipes de Claude Leclerc (unité de Biologie des régulations immunitaires de l’Institut Pasteur, Inserm E352), et celle de Daniel Ladant (unité de Biochimie des interactions macromoléculaires de l’Institut Pasteur- URA 2185 CNRS). Ils devraient faire prochainement l’objet d’essais cliniques.

Par ailleurs, l’Institut Pasteur abrite le Centre national de référence des papillomavirus humains, co-dirigé par Michel Favre et Isabelle Heard . Créé dans le contexte de la récente arrivée des premiers vaccins contre l’infection par les papillomavirus et le cancer du col de l’utérus, ce CNR a pour mission de surveiller la distribution des papillomavirus chez les femmes, vaccinées et non vaccinées, et de pister l’éventuelle émergence de nouveaux génotypes ou de variants des virus présents dans les vaccins. Ces études doivent fournir des données nécessaires à l’évaluation de la politique vaccinale et la définition des génotypes devant être inclus dans les vaccins de deuxième génération contre les papillomavirus.

L’unité de Génétique, papillomavirus et cancer humain, dirigée par Michel Favre et sur laquelle s’appuie le CNR, étudie pour sa part la prédisposition génétique aux infections par les papillomavirus. Les chercheurs ont notamment caractérisé deux gènes intervenant dans la diminution de la concentration intracellulaire du zinc, un oligoélément nécessaire à la multiplication du virus. Ceci souligne le rôle essentiel du zinc pour les HPV et permet d’entrevoir de nouveaux traitements pour lutter contre les infections par ces virus.

 

Dr Sadok M.